Réformes des droits de succession 2028-2029 : où en sont vraiment les trois régions ?
Les trois régions belges annoncent une baisse des droits de succession. Mais l'une a voté un texte qu'elle envisage déjà de revoir, l'autre n'en est qu'au stade de la proposition, et la troisième a déjà raboté ses ambitions pour raisons budgétaires. Point de situation au 1er août 2026.
Depuis deux ans, les trois régions belges annoncent la même chose : les droits de succession vont baisser. La Wallonie a voté un décret, Bruxelles a déposé une proposition, la Flandre a inscrit la réforme dans son accord de gouvernement. Sur le papier, c'est une bonne nouvelle pour des millions d'héritiers. Dans les faits, à la date du 1er août 2026, aucune de ces trois réformes n'est pleinement acquise — et l'une d'elles est ouvertement remise en question par ceux-là mêmes qui l'ont votée. Voici l'état réel du dossier, région par région.
Le tableau de bord des trois réformes
| Région | Statut juridique | Échéance annoncée | Niveau de certitude |
|---|---|---|---|
| Wallonie | Décret voté (décembre 2024) | 1er janvier 2028 | ⚠️ Voté mais révision envisagée |
| Bruxelles | Proposition déposée | Horizon 2028 | 🔎 Projet, non voté |
| Flandre | Accord de gouvernement, mise en œuvre par étapes | 2026 → 2029 | 🟡 1re étape faite, suite reportée |
Wallonie : un décret voté… que la majorité envisage de revoir
C'est la réforme la plus avancée sur le plan juridique, et paradoxalement la plus incertaine sur le plan politique. En décembre 2024, la majorité MR–Les Engagés du Parlement wallon a voté une réforme prévoyant, à partir du 1er janvier 2028, une division par deux des taux marginaux :
| Catégorie d'héritiers | Taux max actuel | Taux max prévu en 2028 |
|---|---|---|
| Ligne directe, conjoint, cohabitant légal | 30 % | 15 % |
| Frères et sœurs | 65 % | 33 % |
| Oncles, tantes, neveux, nièces | 70 % | 35 % |
| Autres personnes | 80 % | 40 % |
S'y ajoutent une exonération inconditionnelle de 25.000 € en ligne directe et un alignement des droits sur les donations immobilières. Le volet « droits d'enregistrement » de la même réforme, lui, est déjà entré en vigueur au 1er janvier 2025.
Le problème est arrivé par le budget. La mesure représente une perte de recettes d'environ 400 millions d'euros par an, dans une Région où les droits d'enregistrement et de succession pèsent plus de la moitié des recettes fiscales gérées en propre. En mai 2026, le ministre-président Adrien Dolimont confirmait encore l'échéance de 2028. Un mois plus tard, son discours avait changé : il déclarait vouloir « une réforme des droits de succession, oui, mais peut-être pas celle qui a déjà été votée ». Début juillet, son cabinet précisait qu'« il faudra voir si on la garde dans son format actuel », des modalités pouvant être discutées lors du conclave budgétaire de la rentrée.
Trois issues restent possibles : un maintien intégral, un recalibrage allégé (l'hypothèse la plus souvent évoquée), ou un report au-delà de 2028. Notre analyse complète de la réforme wallonne détaille chaque scénario.
Bruxelles : une proposition ambitieuse, mais rien de voté
La Région bruxelloise applique aujourd'hui les taux les plus lourds du pays sur certaines catégories : jusqu'à 65 % entre frères et sœurs et 80 % pour les personnes sans lien de parenté. Une proposition a été déposée pour ramener ces taux « perçus comme confiscatoires » à des niveaux jugés plus proportionnés, dans un contexte de concurrence fiscale entre régions accentué par le vote wallon.
Les paramètres évoqués sont très proches du modèle wallon : 30 % → 15 % en ligne directe, 65 % → 32,5 % entre frères et sœurs, 70 % → 35 % pour les oncles, tantes, neveux et nièces, et 80 % → 40 % pour les autres personnes. Le texte prévoirait également des forfaits optionnels indexés pour le passif successoral (dettes et frais funéraires), avec maintien de la possibilité de déclarer les montants réels — une simplification appréciable pour les héritiers.
Les barèmes bruxellois actuellement applicables sont détaillés dans notre guide du barème Bruxelles 2026.
Flandre : la seule à avoir livré, mais une réforme déjà rabotée
L'accord du gouvernement flamand 2024-2029 prévoyait une réforme d'ampleur, avec une particularité méthodologique : plutôt que de baisser les taux, la Flandre entend surtout élargir les tranches, pour que les taux élevés s'appliquent moins vite. Exemple concret cité dans les travaux préparatoires : pour les héritiers sans lien de parenté, le taux de 45 % frappe aujourd'hui dès la tranche 35.000 – 75.000 € ; après réforme, il ne concernerait que la tranche 75.000 – 150.000 €, le taux de 25 % s'appliquant en dessous.
L'ambition initiale était une baisse généralisée dès le 1er janvier 2026. Face à un déficit budgétaire réévalué à 4,2 milliards d'euros, le gouvernement flamand a réduit la voilure. Seule une première étape ciblée est entrée en vigueur :
- Partenaire survivant : exonération sur les biens mobiliers portée de 50.000 € à 75.000 €
- Personnes sans partenaire ni enfants : possibilité de léguer jusqu'à 100.000 € par succession aux taux de la ligne directe (3 % puis 9 %), une mesure qui remplace et élargit fortement l'ancien « héritage entre amis » plafonné à 15.000 €
Le reste — notamment l'élargissement des tranches pour les frères, sœurs et autres héritiers, avec un taux plancher de 25 % qui s'étendrait jusqu'à 75.000 € au lieu de 35.000 € — est repoussé au plus tôt à 2028, pour un aboutissement complet visé en 2029. Le coût total est chiffré à environ 200 millions d'euros dès 2026 et 350 millions à pleine vitesse en 2029. Là aussi, les arbitrages budgétaires annuels détermineront le rythme réel.
Le détail des barèmes flamands en vigueur figure dans notre guide du barème Flandre 2026.
Pourquoi ça coince partout : la même équation budgétaire
Les trois régions se heurtent au même mur. Les droits de succession constituent l'une des rares recettes fiscales véritablement régionalisées, et l'une des plus rentables : plus de 825 millions d'euros pour la seule Wallonie en 2024. Y renoncer partiellement suppose de compenser ailleurs — par des économies ou d'autres recettes — dans un contexte où les trois exécutifs affichent des déficits.
S'ajoute un calcul électoral. Les élections régionales sont prévues en 2029. Une réforme entrant en vigueur en 2028 produit ses effets budgétaires négatifs surtout sur la législature suivante, tout en offrant un argument de campagne aux majorités sortantes. Cette configuration explique à la fois pourquoi les réformes ont été annoncées… et pourquoi leur mise en œuvre est sans cesse renégociée.
Que faire concrètement en attendant ?
Face à trois réformes incertaines, la ligne de conduite est claire :
- Raisonnez sur le droit en vigueur. Les barèmes 2026 sont certains ; les barèmes 2028 ne le sont pas. Toute décision patrimoniale doit être calculée sur ce qui existe aujourd'hui.
- Ne reportez pas une donation « en attendant 2028 » si votre situation personnelle (âge, santé, projet familial) commande d'agir maintenant. Le risque de décès pendant l'attente coûte infiniment plus cher qu'une baisse de taux manquée.
- Exploitez ce qui est déjà acquis plutôt que ce qui est promis : donation mobilière enregistrée à taux fixe (3 à 3,3 % en ligne directe), exonération du logement familial pour le conjoint, réduction flamande pour les célibataires sans enfants, testament bien calibré.
- Attention à la période suspecte de 5 ans, désormais applicable dans les trois régions. C'est la mesure qui, elle, est bel et bien entrée en vigueur — et elle joue contre le contribuable qui tarde.
- Refaites le calcul après le conclave budgétaire de la rentrée 2026, qui donnera le premier signal fiable sur le sort de la réforme wallonne.
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